L’eau refroidit le corps 24 fois plus vite que l’air. En milieu hyperbare, ce n’est pas seulement une question d’inconfort : c’est une menace directe pour votre sécurité et votre santé. Entre risques d’ADD (accident de décompression) et perte de vigilance, une plongée par basse température demande une préparation de fer. Voici tout ce qu’il faut savoir pour ne pas laisser le froid dicter sa loi sur vos chantiers.
La machine humaine face au choc thermique
L’être humain est un homéotrope : pour fonctionner, son moteur interne doit rester à 37°C. Si dans l’air, nous sommes à l’aise dès 24°C, l’eau exige une température de 33 à 35 °C pour ne pas nous pomper notre chaleur. En chantier, nous en sommes loin.
Le refroidissement s’opère par quatre voies critiques :
- La conduction : le contact direct avec l’eau (le plus important).
- La convection : l’eau qui circule dans une combinaison mal ajustée et emporte vos calories.
- Le rayonnement : la perte de chaleur naturelle de votre peau.
- L’évaporation : vos poumons réchauffent l’air froid et sec du narguilé ou du bloc avant de l’expulser.
Quand le corps « ferme les vannes » : les dangers cachés
Pour se protéger, votre organisme sacrifie la périphérie pour sauver le centre (cœur, cerveau). C’est la vasoconstriction.
- Risque d’ADD accru : le sang est redirigé, le volume central augmente, le corps élimine de l’eau (diurèse). Résultat : vous vous déshydratez, votre sang devient plus visqueux et le risque d’accident de décompression grimpe en flèche.
- Perte de dextérité : des doigts engourdis ne peuvent plus manipuler un outil, un inflateur ou une purge en urgence.
- L’essoufflement : pour produire de la chaleur, vous frissonnez et hyperventilez. Vous consommez plus d’air et produisez plus de CO2. C’est le cercle vicieux vers l’essoufflement.
Le cadre légal : 90 minutes, pas une de plus !
L’arrêté du 31 juillet 2024 est formel : la durée quotidienne dans l’eau est réduite à 90 minutes si la température est inférieure à 10°C (ou supérieure à 30°C) sans protection adaptée, ou si les conditions engendrent une fatigue anormale.
Nos conseils de pros pour rester opérationnel
- Avant la plongée
- Ne pas plonger en ayant déjà froid.
- Misez sur les sucres lents avant l’immersion. Pas d’alcool.
- Ne pas plonger fatigué.
- Une combinaison adaptée, non compressée par les années, avec gants et cagoule obligatoires.
- Pendant la plongée
- Signalez le moindre frisson. Réduisez la profondeur et le temps de plongée si nécessaire.
- Evitez les mouvements inutiles et surveillez la consommation d’air.
- Après la plongée
- Séchage immédiat, protection contre le vent et boisson chaude (sans brûler les tissus).
- Réchauffement progressif
Le froid n’est pas une fatalité en plongée, c’est un facteur de risque maîtrisable à condition d’anticiper, de s’équiper correctement, de communiquer et de respecter le cadre réglementaire.